J’ai une racine ou une écorce
C’est le cas type : départ à froid, puis quinze à trente minutes de frémissement sous couvercle. Sauf pour la guimauve et la valériane.
J’ai des feuilles ou des fleurs
Pas de décoction : une infusion couverte de cinq à dix minutes préserve mieux l’arôme.
Mon mélange contient les deux
Procédez en deux temps : les parties dures d’abord, les feuilles et fleurs ensuite, hors du feu.
Faire une décoction, c’est faire bouillir la plante dans son eau, pendant un temps mesuré. Une racine de réglisse ou une écorce de cannelle ne cède presque rien à une eau simplement versée dessus : leurs tissus sont trop denses. Il leur faut de la chaleur, longtemps.
Décoction, infusion, macération : ce qui change
La monographie « Tisanes » de la Pharmacopée française définit quatre façons d’extraire une plante avec de l’eau. Seules deux variables changent : la température et le temps de contact.
| Mode | Température de l’eau | Durée de contact | Parties de plante concernées |
|---|---|---|---|
| Macération | Ambiante | 30 min à 4 h | Racines à mucilage, plantes fragiles |
| Infusion | Bouillante, versée sur la plante puis refroidissement | 5 à 15 min en usage courant | Feuilles, fleurs, sommités |
| Digestion | Chaude, sans ébullition | 1 h à 5 h | Usage surtout officinal |
| Décoction | Maintenue à ébullition | 15 à 30 min | Racines, écorces, tiges dures, graines coriaces |
La digestion, elle, ne se pratique presque jamais à la maison : tenir une eau chaude sans ébullition pendant une heure est peu commode.
Retenez surtout la ligne du bas. Dans une décoction, c’est la plante qui chauffe avec l’eau, pas l’eau qu’on verse sur la plante. Une écorce infusée donne une eau presque incolore ; décoctée, elle la colore en quelques minutes.

Faites-la en sept gestes
Pour une tasse de 250 millilitres, il faut une petite casserole à couvercle, en inox, en verre ou émaillée, et une passoire fine.
- Couper ou concasser la plante. Morceaux de la taille d’un grain de riz pour une racine sèche, rondelles fines pour du gingembre frais.
- Mettre la plante dans l’eau froide. La montée progressive en température ouvre les tissus.
- Porter à ébullition, puis baisser aussitôt le feu.
- Laisser frémir quinze à trente minutes selon la dureté de la plante. Un gros bouillon fait surtout évaporer.
- Garder le couvercle, légèrement entrouvert si ça déborde.
- Éteindre et laisser reposer cinq à dix minutes à couvert.
- Filtrer, puis compléter avec de l’eau chaude jusqu’au volume de départ.
Ce dernier geste est souvent oublié. Sans remise à niveau de l’eau partie en vapeur, la boisson est plus concentrée que prévu, et plus amère.
Jeter la plante dans l’eau déjà bouillante. Faire bouillir fort sans couvercle. Laisser tremper des heures après cuisson : l’amertume monte, rien de plus ne s’extrait.
Quelles plantes passent à la casserole ?
La règle tient en une phrase : ce qui est dur se décocte, ce qui est tendre s’infuse. Voici où se rangent les plantes les plus courantes.
| Plante | Partie utilisée | Mode conseillé | Repère de durée |
|---|---|---|---|
| Réglisse | Racine | Décoction | 15 à 20 min |
| Cannelle | Écorce | Décoction | 10 à 15 min |
| Gingembre frais | Rhizome en rondelles | Décoction | 10 à 15 min |
| Pissenlit, bardane | Racine | Décoction | 15 à 20 min |
| Prêle | Tiges | Décoction | 20 à 30 min |
| Queue de cerise | Pédoncules | Décoction courte | 10 min |
| Fenouil, anis vert | Graines | Infusion après écrasement | 10 min |
| Thym, menthe, tilleul | Feuilles, fleurs | Infusion | 5 à 10 min |
| Guimauve | Racine | Macération à froid | 1 à 2 h |
| Valériane | Racine | Infusion ou macération | 10 min ou quelques heures |
La queue de cerise illustre bien le cas intermédiaire : ses pédoncules sont trop durs pour une simple infusion, mais dix minutes de frémissement suffisent.
Les graines aromatiques posent le problème inverse : leur essence s’envole à l’ébullition. On les écrase, on les infuse, on couvre.

Deux racines qu’on ne fait pas bouillir
La guimauve, pour son mucilage
La racine de guimauve est recherchée pour son mucilage, qui gonfle dans l’eau. À l’ébullition, elle libère aussi son amidon et la préparation devient trouble, pâteuse. D’où la macération : racine coupée dans l’eau froide, une à deux heures, puis filtration. Nous revenons sur ses usages dans notre fiche sur la plante de guimauve.
La valériane, pour ses composés volatils
Une partie de ce qu’on prête à la valériane tient à des composés volatils, ceux qui donnent son odeur si particulière. Trente minutes d’ébullition en chassent une bonne part : infusion couverte ou macération, donc.
Racines et fleurs mélangées : la méthode en deux temps
Gingembre et citronnelle, réglisse et menthe : beaucoup de mélanges associent parties dures et tendres. Tout faire bouillir abîme les fleurs. Tout infuser laisse les racines intactes.
- Décoction des parties dures seules, quinze à vingt minutes, à couvert.
- Feu éteint, ajout des feuilles et des fleurs dans la casserole encore frémissante.
- Couvercle fermé, cinq à dix minutes d’infusion.
- Filtration et remise à niveau du volume.
C’est aussi la bonne façon de marier du gingembre frais avec des plantes plus délicates.

Dosage et conservation
Le dosage exact figure dans la monographie de chaque plante. À titre de repère d’usage, on compte une cuillère à soupe de racine ou d’écorce coupée pour une tasse de 250 millilitres. Pour la journée, préparez un demi-litre en une fois.
Une décoction ne se garde pas longtemps. Nous la gardons au réfrigérateur, en bouteille fermée, et la buvons dans les 24 heures. Elle se réchauffe doucement, sans rebouillir.
Si le goût vous paraît plat, allongez le temps de frémissement de cinq minutes plutôt que d’augmenter la dose. S’il est amer, faites l’inverse. La logique rejoint celle de la camomille en infusion : mieux vaut jouer sur la quantité que sur le temps.
Précautions avant d’en boire tous les jours
Une décoction concentre davantage qu’une infusion : c’est son intérêt, et sa limite.
La réglisse en est l’exemple le plus connu : consommée régulièrement, elle peut faire monter la tension artérielle. Elle est à éviter en cas d’hypertension, et une cure ne se prolonge pas au-delà de quelques semaines.
Grossesse, allaitement, enfant, traitement au long cours : la question se pose au pharmacien avant de commencer, certaines plantes interagissent avec des médicaments courants. Et une décoction ne remplace pas une consultation quand un symptôme dure.
Quelle est la différence entre une infusion et une décoction ?
Dans une infusion, on verse de l’eau bouillante sur la plante puis on laisse reposer. Dans une décoction, la plante est maintenue dans l’eau à ébullition, quinze à trente minutes selon la Pharmacopée française. La première convient aux feuilles et aux fleurs, la seconde aux racines, écorces et tiges dures.
Combien de temps faire bouillir une décoction ?
Entre quinze et trente minutes à petit frémissement, selon la dureté de la plante. Une écorce fine ou du gingembre frais se contentent de dix à quinze minutes. Une racine sèche épaisse ou des tiges de prêle demandent le haut de la fourchette.
Faut-il mettre un couvercle pendant la décoction ?
Oui, de préférence. Le couvercle limite l’évaporation et retient une partie des composés aromatiques. S’il fait déborder la casserole, entrouvrez-le légèrement et baissez le feu. Après filtration, complétez avec de l’eau chaude jusqu’au volume de départ.
Peut-on faire une décoction avec des plantes fraîches ?
Oui, pour les parties dures comme le gingembre ou une racine fraîchement arrachée. Coupez-les plus finement que des plantes sèches, et comptez à peu près le double en volume, puisqu’une plante fraîche contient encore beaucoup d’eau.
Combien de temps se conserve une décoction ?
Une journée. Gardez-la au réfrigérateur dans un récipient fermé et buvez-la dans les 24 heures. Elle se réchauffe à feu doux, sans nouvelle ébullition. Une décoction trouble, qui sent l’aigre ou qui a pris un voile en surface se jette.
Partez à froid, laissez frémir quinze à trente minutes sous couvercle, puis complétez le volume après filtration. Gardez l’infusion pour les feuilles et les fleurs, la macération pour la guimauve. Et pour un usage quotidien de plus de quelques semaines, posez la question à votre pharmacien.
Agence nationale de sécurité du médicament, Pharmacopée française, monographie Tisanes : définitions de la macération, de l’infusion, de la digestion et de la décoction, consultée le 24 septembre 2026.



